55 ANS DE SACERDOCE ET 80 ANS DE VIE, LE DOYEN DU CLERGÉ KINOIS SOULIGNE LE BESOIN DE REINVENTER L’INCULTURATION LITURGIQUE AFRICAINE

Source : Correspondance Particulière
29/09/2026

Depuis Bruxelles, l’Abbé Alphonse Kibwila livre une méditation sans concession sur les dérives contemporaines de la célébration liturgique africaine, et plus particulièrement sur la pratique du « rite zaïrois » de la République Démocratique du Congo .

Le constat d’une liturgie désacralisée par le vacarme et le spectacle :

L’Abbé Kibwila dresse un constat sévère : Hors du Vendredi Saint où le mystère est célébré avec gravité, le « sérieux » liturgique s’est progressivement effacé au profit du divertissement et du bruit.

Trois dérives majeures contre l’expérience de la foi :

Le vacarme sonore et l’exhibitionnisme : Des chorales qui vocifèrent sans finesse artistique et des orchestres aux sonorités assourdissantes qui, au lieu de soutenir le chant et de favoriser le silence méditatif, submergent les voix et étouffent le recueillement intérieur.

Les danses et contorsions distrayantes : La présence envahissante des rythmes profanes (seben, loketo, ngwasuma) tout au long de la célébration, ainsi que les prestations théâtrales des « Petits Anges » (Bana Nkembi). Selon le prêtre octogénaire, ces démonstrations chorégraphiques détournent le regard des fidèles de l’Autel du Sacrifice vers un spectacle mondain.

Une confidence historique et une anecdote inédite remontant à la fin de l’année 1988. Alors qu’il était curé de la Cathédrale Notre-Dame du Congo à Kinshasa, le Cardinal Joseph-Albert Malula en personne lui avait confié en privé dans la sacristie :

« Alphonse ! Invente quelque chose d’autre qui remplacerait cette danse en rond autour de l’autel pendant le Nkembo… C’est monotone et ça m’ennuie ! »

Cette confidence historique révèle que le grand promoteur de l’inculturation lui-même percevait déjà, à la fin de sa vie, les limites de certains ajouts folkloriques dans le culte.

La crise de l’homilétique : La transformation progressive des ambons en scènes de théâtre d’humour ou en tribunes de propagande politique. Citant le Cardinal Joseph-Albert Malula, l’Abbé Kibwila rappelle que chercher à faire rire pour masquer l’absence de préparation spirituelle est le propre des « prêtres médiocres » dénués de vie de prière. De même, les discours purement politiques laissent les fidèles affamés de la Parole de Dieu, les renvoyant chez eux sans la lumière nécessaire pour traverser leur semaine.

Un double appel pressant :

Réduire drastiquement le bruit dans les célébrations

Mettre fin au spectacle des groupes de danse qui déconcentrent l’assemblée, afin que la Messe redevienne une source de sanctification et d’espérance.