Le 1er février n’est pas une simple date commémorative. C’est une date de vérité politique. Elle rappelle la disparition d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba, mais surtout l’exigence morale et démocratique qu’il a léguée à l’UDPS et à la nation congolaise.
Le Sphinx de Limete n’a jamais été un symbole décoratif : il était et est, une conscience, une méthode et une ligne rouge face à l’arbitraire.
Honorer sa mémoire ne peut donc se réduire à des cérémonies, à des discours convenus ou à des rassemblements sans portée politique. Réunir les militants pour des Alléluia, alors que les questions fondamentales demeurent sans réponse, serait un non-sens historique. Tshisekedi ne s’est pas battu pour l’émotion, mais pour la démocratie réelle, vécue, exigeante, y compris – et surtout – au sein de son propre parti.
Aujourd’hui, une question s’impose avec force : le congrès de l’UDPS, bloqué depuis décembre 2025 et toujours non convoqué. Huit années sans congrès. Huit années sans cette instance suprême de débat, de légitimation et de renouvellement. Même en tenant compte des contraintes, il n’est ni statutaire, ni politiquement sain, ni moralement défendable de faire fonctionner durablement un parti qui se réclame de la démocratie dans un tel état de suspension institutionnelle.
La nation congolaise observe.
Elle observe un parti au pouvoir qui aspire à organiser l’État, mais qui peine à s’organiser lui-même. Elle observe une formation politique héritière du combat démocratique le plus long et le plus radical de notre histoire, mais hésitante à poser l’acte démocratique le plus élémentaire : convoquer son congrès.
Sans congrès, il n’y a pas de vitalité politique.
Sans congrès, il n’y a pas de légitimité pleinement partagée.
Sans congrès, il n’y a pas d’Union réelle, mais une unité de façade.
Étienne Tshisekedi appelait la confrontation d’idées la « vitalité du parti ». Pour lui, un parti politique est un laboratoire d’idées, pas une caserne disciplinée par la peur, ni une chapelle protégée du débat. C’est lorsque les idées s’affrontent que la ligne se clarifie, que la cohésion se consolide et que l’autorité devient légitime.
Il est temps que tous, dirigeants comme combattants, intégrions une vérité fondamentale : c’est quand mille écoles rivalisent que cent fleurs s’épanouissent.
La pluralité des opinions n’est pas une menace pour l’UDPS ; elle est son ADN. Les fondateurs du parti, et l’ensemble des combattants, ont fait un choix clair : la démocratie comme démarche pour impulser le progrès social.
Faire autrement aujourd’hui – différer le congrès, étouffer le débat, confondre unité et silence – ce serait renoncer à notre projet commun. Ce serait agir contre les idéaux du parti et contre le combat du Sphinx. Car Tshisekedi n’a jamais lutté pour des hommes, mais pour des principes. Il n’a jamais sacralisé des positions, mais des règles.
Le Secrétaire général et l’ensemble de la direction du parti sont interpellés. Le leadership véritable ne consiste pas à gérer le statu quo, mais à assumer les moments décisifs. Convoquer le congrès est un acte de courage politique. Ne pas le faire est un risque historique.
En ce 1er février, l’UDPS est appelée à un sursaut.
À choisir entre la commémoration protocolaire et la commémoration refondation.
Entre la mémoire passive et la fidélité active.
Avec l’esprit du Sphinx, l’UDPS doit renaître de ses cendres. Non par des slogans, mais par des actes. Non par la peur du débat, mais par son organisation. Non par la division, mais par une Union fondée sur la légitimité démocratique.
Car sans démocratie interne, il n’y a pas de crédibilité nationale.
Et sans fidélité au combat du Sphinx, l’UDPS perdrait son âme.
Allen Mukendi Luaba
Combattant de premier ère.
